Manifeste

Le Manifeste pour un service citoyen a été élaboré par des jeunes citoyennes et citoyens suisses convaincus de la nécessité de faire évoluer l’obligation de servir militaire et masculine vers un service général à la communauté ouvert à tous les jeunes citoyens.

En vue de promouvoir ce projet, des citoyennes et des citoyens parmi lesquels des cadres de l’armée ainsi que des civilistes ont fondé en 2013 l’association servicecitoyen.ch

L’association est dépourvue de couleur politique et fonctionne grâce au bénévolat. Son but est de fédérer toutes les forces vives qui se reconnaissent dans l’idée d’un service à la communauté rénové.

 

Introduction

 

La devise confédérale « un pour tous; tous pour un » exprime l’idéal suisse de solidarité collective et de responsabilité individuelle. Nous souhaitons régénérer ces valeurs à la lumière des paradigmes de notre temps.

L’association servicecitoyen.ch propose la régénérescence de l’obligation de servir en Suisse sous la forme d’un service citoyen. Il s’agit d’un véritable projet de société qui repose sur trois piliers fondamentaux :

  • l’élargissement des offres de service
  • l’inclusion des Suissesses
  • le libre choix entre les différents types de service

Avec le service citoyen, la Suisse passerait d’une obligation de servir militaire et masculine à une obligation nationale de servir l’intérêt général. L’objectif est double: il s’agit de répondre le plus démocratiquement possible aux besoins populaires, ainsi qu’aux défis contemporains tout en renforçant la cohésion sociale par l’intégration active des jeunes citoyens et citoyennes dans la communauté nationale.

Le projet du service citoyen porte une véritable exigence d’utilité et s’inscrit dans une vision à long terme d’une société fondée sur un rapport équitable entre droits et devoirs.

 

Une obligation de servir

 

L’actuelle base constitutionnelle

L’article 59 de la Constitution Fédérale « Service militaire et service de remplacement » ordonne que :

1 Tout homme de nationalité suisse est astreint au service militaire. La loi prévoit un service civil de remplacement.

2 Les Suissesses peuvent servir dans l’armée à titre volontaire.

3 Tout homme de nationalité suisse qui n’accomplit pas son service militaire ou son service de remplacement s’acquitte d’une taxe. […]

4 […]

 

Le milicien

Tout citoyen suisse de sexe masculin est soumis à la conscription militaire entre 18 à 25 ans. Une fois incorporé, son obligation de servir se poursuit jusqu’à l’achèvement de ses jours obligatoires ou jusqu’à ce que l’âge légal limite soit atteint. L’obligation de servir se déploie sur trois institutions: l’armée, le service civil et la protection civile.

 

Les fusils d’abord

Pour l’essentiel, l’obligation de servir actuelle se confine à sa ligne historique : le service militaire. Les missions de l’armée sont les suivantes :

  • la défense
  • l’appui aux autorités civiles
  • la promotion de la paix sur le plan international

Dans cette configuration, le service civil et la protection civile n’ont qu’un rang secondaire et représentent respectivement un service subsidiaire en cas d’objection de conscience ou de remplacement en cas d’inaptitude au service militaire.

 

Inaptitude et remplacement

Un citoyen suisse déclaré inapte au service militaire doit, jusqu’à l’âge de 30 ou 34 ans, s’acquitter d’une taxe d’exemption qui s’élève, sous réserve de déduction, à 3% du revenu annuel net. La taxe d’exemption peut être, sous condition d’aptitude, compensée en intégralité ou en partie par l’accomplissement de jours de service dans la protection civile.

 

Le service civil

Le service civil est un substitut de durée plus longue (1 fois et demie) au service militaire. Seuls les citoyens déclarés aptes au service militaire peuvent accomplir un service civil de substitution pour autant qu’il témoigne de leur incapacité à concilier le devoir militaire avec leur conscience. En cas d’inaptitude, seule la voie de la protection civile est envisageable.

À la lumière de la loi sur le service civile du 6 octobre 1995 (LSC), le service civil poursuit quatre buts :

  • renforcer la cohésion sociale
  • mettre sur pied des structures en faveur de la paix et réduisant le potentiel de violence
  • sauvegarder et protéger le milieu naturel et favoriser le développement durable
  • conserver le patrimoine culture.

Pour remplir ses missions, le service civil se déploie dans huit secteurs d’activités différents :

  • santé
  • service social
  • conservation des biens culturels
  • protection de la nature et de l’environnement
  • entretien du paysage
  • agriculture
  • coopération au développement et aide humanitaire
  • aide en cas de catastrophe et de situation d’urgence

Au vu du succès du service civil, le Conseil Fédéral réfléchit à la possibilité d’approfondir la formation des civilistes et d’étendre les secteurs d’activité (à complèter source). Paradoxalement, bien que l’accès au service civil ait récemment été facilité, la procédure pour convertir son obligation de servir en un service civil demeure complexe.

 

Exclusion des femmes

L’obligation de servir actuelle exclut les femmes. Celles-ci ne peuvent servir la patrie que sur une base volontaire. Si elles souhaitent s’engager dans un service civil, une incorporation préalable dans l’armée est incontournable ; l’accès direct au service civil est impossible. Quant à un engagement dans la protection civile, les femmes n’y ont pas droit, en cela que les Cantons décident souverainement sur leur requête d’admission.

Pour l’heure, la participation des femmes est donc marginale dans les institutions miliciennes. Ainsi pour l’année 2013, on compte un peu plus de 1000 femmes dans l’armée (0.6% de l’effectif). Quant à celles qui s’engagent dans le service civil ou la protection civile, on les compte sur les doigts de la main.

 

Etat des lieux : institution

 

Le monde change

De la Suisse de 1874 à celle du XXIe siècle, les menaces et les besoins de la société ont substantiellement évolué. Avec les évènements récents de la constitution de l’Union Européenne, de la révolution technologique ou encore de la chute de l’Union soviétique, la situation sécuritaire en Europe centrale a radicalement changé de nature. Si le maintien de forces armées demeure indispensable pour prévenir et parer aux menaces contemporaines, l’appareil militaire a changé de visage, et l’obligation de servir a été contrainte de s’adapter. Les moyens ont été revus, les effectifs diminués, la durée de mobilisation réduite et l’accès au service civil simplifié.

 

Les adieux à l’armée de papa

Ces dernières années, l’Armée a subi de nombreuses réformes qui ont directement impacté l’obligation de servir. L’effectif de l’armée, lequel se montait encore à quelques 800’000 hommes dans les années 1980, plafonnera finalement à 100’000 hommes selon le dernier plan en date.

 

Beaucoup d’appelés, peu d’élus

Afin de permettre les réductions d’effectif successives, l’Armée a d’abord rabaissé l’âge limite de l’obligation de servir avant de réduire le nombre de jours de service. Ces moyens ayant rapidement atteints leurs limites, les critères d’aptitude ont alors été utilisés comme mesures régulatrices dans le but de réduire encore davantage le nombre de citoyens incorporés. Ainsi, en 2012, près de 38% des jeunes appelés ont été libérés de l’obligation de servir au moment du recrutement. Il est indéniable qu’une telle politique vide de sa substance le principe même du service obligatoire.

 

L’obligation de servir malmenée dans les faits

Aujourd’hui, dans la tranche d’âge des 18 à 25 ans, on peut estimer que seul un Suisse sur quatre accomplit concrètement un service national, qu’il soit militaire, civil ou de protection civile. Pour la moitié d’une classe d’âge, la situation actuelle incite ou contraint à la taxe d’exemption plutôt qu’à l’exercice d’un service utile pour la communauté. Cette inégalité de traitement entre les jeunes citoyens remet en question le principe de l’obligation générale de servir.

 

Le service civil, un atout méconnu

En 1996, le service civil a été introduit pour les objecteurs de conscience. Depuis la suppression de l’examen de conscience en 2010, le service civil connait un formidable essor. Ainsi, en 2012, on compte plus de 1’200’000 jours de service civil accomplis dans les huit secteurs reconnus d’intérêt public. En comparaison du service militaire, le service civil est meilleur marché puisque les établissements d’affectation assument directement la majorité des coûts d’engagement. Les établissements d’affectation peuvent être des entités privées ou publiques, poursuivant un but d’intérêt général reconnu et agrée par la Confédération.

 

Etat des lieux : société

 

New Frontier

L’ensemble de la société civile suisse est en mutation. Nombre de phénomènes tels que la globalisation, la révolution technologique, l’allongement de la durée de la vie ou la diminution des naissances, appellent à entreprendre. Les transformations du XXIe siècle sont brutales tant pour la société que pour les individus qui la composent. D’une part, l’émergence de nouveaux défis sur le plan social et environnemental requiert un perfectionnement des moyens d’assistance et, d’autre part, l’hyperactivité déboussolante de la vie moderne appelle au renforcement des institutions favorisant la cohésion et l’intégration sociale.

 

L’individu et le corps social

L’harmonie et la cohésion sociale souffrent de l’ampleur et de la rapidité du changement. Le noyau traditionnel familial se désagrège, les communautés ethniques se crispent autour des identités et les liens intergénérationnels s’effilent. D’une part, on observe un délitement des liens qui forment notre toute particulière Willensnation avec un déclin de la conscience de l’espace démocratique et du sens de « citoyenneté » ; d’autre part, le jeune individu de la Suisse du XXIe siècle est exposé à d’incalculables stimuli de toute nature ; globalisation fulgurante des échanges, accélération des déplacements, surabondance d’information, dépendance électronique et prolifération des divertissements, explosion de la propagande consumériste et des valeurs de jouissance à court terme. Les repères manquent parfois pour se construire une identité stable, au point que l’isolement et l’ensauvagement constituent de sérieuses menaces pour la jeunesse.


La nouvelle donne

 

Le 22 septembre 2013, à l’unanimité des Cantons et 73.2% du corps électoral, l’initiative populaire « Oui à l’abrogation du service militaire obligatoire » a été rejetée. L’idéal d’un service de milice démocratique et populaire a été reconduit.

Pourtant, l’obligation de servir dans sa forme actuelle ne satisfait factuellement plus son principe. L’armée en sureffectif ne requiert plus l’entier d’une classe d’âge. Au final, pas moins de 3 jeunes Suisses sur 4 sont dispensés de tout service.

De plus, le développement du service civil est bridé et son accès demeure difficile, quand bien même d’importants défits d’avenir se profilent, tels que la globalisation, le vieillissement de la population ou encore l’atomisation du noyau familial.

Dès lors, tout plaide en faveur d’un engagement citoyen qui serve l’effort national dans toutes ses formes.


Notre proposition

 

La modification constitutionnelle

Nous proposons que l’Article 59 de la Constitution fédérale soit modifié comme suit :

 

Art. 59 Service citoyen

1 Les Suisses et les Suissesses sont astreints au service citoyen.

2 Le service citoyen s’accomplit par le service militaire, le service civil ou les services équivalents. Les effectifs nécessaires à l’armée sont garantis.

3 Les Suisses et les Suissesses qui n’accomplissent pas le service citoyen s’acquittent d’une taxe d’exemption.

4 La Confédération légifère sur :

a l’octroi d’une juste compensation pour la perte de revenu ;

b l’assujettissement à la taxe d’exemption.

5 Les personnes qui sont atteintes dans leur santé dans l’accomplissement de leur service citoyen ont droit, pour elles-mêmes ou pour leurs proches, à une aide appropriée de la Confédération ; si elles perdent la vie, leurs proches ont droit à une aide analogue.


La lettre

 

Un pour tous ; tous pour un

L’alinéa premier du nouvel article 59 de la Constitution Fédérale pose le principe d’une obligation civique de servir ; tout individu de nationalité suisse a le devoir de s’engager dans un service d’intérêt public reconnu. Le service intègre, sans discrimination, hommes et femmes dans la citoyenneté active. La tranche d’âge de la conscription (18 à 25 ans) est maintenue en son état actuel ; il serait néanmoins judicieux de prévoir législativement une possibilité de service anticipé.

 

Libre choix de son service

Le deuxième alinéa, première phrase, introduit le principe du libre choix du service. Chaque citoyen appelé bénéficie du libre choix du type de service à effectuer. En soi, le « service citoyen » ne propose pas un nouveau type de servir ; il unifie et élargit le système de l’obligation de servir et coordonne la répartition des citoyens dans les différentes structures de service d’intérêt public. La notion de « service équivalent » implique que de nouveaux services d’intérêt public soient reconnus, tels que par exemple les sapeurs-pompiers volontaires, les mandats politiques ou le corps policier. Dans l’idéal, les services équivalents pourraient également être aménagés par les Cantons ou les communes ; ils nécessitent toutefois dans tous les cas d’être coordonnés et reconnus par la Confédération.

 

Clause de sauvegarde

Le deuxième alinéa, seconde phrase, représente la « clause de sauvegarde ». La souveraineté et la sécurité du territoire national étant d’intérêt impératif, il y a lieu de garantir les effectifs de l’Armée afin de maintenir la paix, la stabilité et la prospérité sur le territoire helvétique en toutes circonstances. Ainsi, la clause de sauvegarde représente une dérogation au principe de libre choix si l’effectif minimum de l’Armée n’est pas atteint. En ce sens, elle sert la nécessité et non le confort.

 

Taxe d’exemption

Le troisième alinéa maintient le principe d’une taxe pour ceux qui n’accomplissent pas le service obligatoire. Cependant, la protection civile n’existe plus en tant que service de remplacement mais est ouverte lors du processus de recrutement, sous condition d’aptitude. En principe, l’assujettissement à la taxe devrait avoir un caractère plus exceptionnel que dans le système actuel.

 

Compétence fédérale

Les quatrième et cinquième alinéas maintiennent le système et la répartition de compétence entre Cantons et Confédération en matière de compensation, de taxe d’exemption et de dédommagement. Au vu du régime actuel, la compétence exclusive de la Confédération en matière de taxe d’exemption octroyée par l’alinéa 4 lettre b n’a qu’une portée déclarative et clarificatrice.


L’esprit

 

Au nom de Dieu Tout-Puissant!

Le peuple et les cantons suisses,

conscients de leur responsabilité envers la Création,

résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde,

déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité,

conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures,

sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres,

arrêtent la Constitution que voici :

 

Préambule de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999

 

Die Willensnation blüht immer noch

En août 1291, les communautés d’Uri, de Schwyz et d’Unterwald renouvellent le serment de se porter mutuellement « n’importe quels secours, appui et assistance » ; c’est le Pacte fédéral, célébré chaque premier août, qui « scelle […] les exigences d’une appartenance à une entité qui devra faire ses preuves dans l’action et dans la vérité ». Le service auquel nous nous obligeons est une expression sensible de notre volonté de vivre ensemble. Il s’agit de donner corps à l’esprit du Pacte Fédéral.

 

Le principe de la milice

Le principe de la milice est fondé sur un idéal populaire et démocratique auquel les Suisses ont manifesté leur adhésion : ceux qui composent le corps social sont directement en charge de son bon fonctionnement. L’armée n’est pas au service du peuple ; elle est le peuple. On parle ainsi de citoyenneté active. D’ailleurs, comme l’atteste déjà la structure du corps politique helvétique, le principe de la milice dépasse l’impératif de la défense nationale.

 

Affermir les liens confédéraux

La Suisse est une nation multiethnique, multilingue et multiconfessionnelle, issue d’une volonté politique ; elle rassemble sous une même coupole des hommes et des femmes de toute classe, origine, langue, religion et conviction. Le devoir à la patrie a le pouvoir de fédérer sous un même drapeau et la vertu de nous rappeler ce qu’ensemble nous sommes capables d’accomplir. En favorisant la mobilité entre les régions linguistiques et les différents environnements socio-culturels, l’obligation de servir généralisée alimente le lien confédéral nécessaire à la cohésion sociale et nationale. Les classes sociales se confondent, les générations se rencontrent, les enfants d’immigrés s’assimilent, l’apprentissage des autres langues nationales s’éprouve et se perfectionne sur le terrain : les compatriotes apprennent à connaître leur réalité respective et l’espace commun qui les rattachent. Quoi de mieux qu’une communauté unie et consciente d’elle-même pour renforcer le sentiment de sécurité, d’appartenance et le bien-être de tous ?

 

Raviver notre démocratie

La démocratie n’est pas un acquis ; elle est une conquête permanente. Le pouvoir d’action démocratique exige une conscience de la réalité sociale du pays. Seul le contact avec le terrain nous permet véritablement de l’acquérir. La citoyenneté active éveille le sens civique et l’esprit critique par la pratique d’activités d’utilité publique. En développant une meilleure connaissance de nos institutions (système de défense, institutions sociales, tissu associatif, etc.) et de nos semblables, le service citoyen contribue directement à la vitalité et au bon fonctionnement de notre démocratie.

 

Une citoyenneté active

L’esprit de la citoyenneté suisse n’est pas celui d’un tribut versé à un seigneur dans l’espoir de sa bienveillance ; le peuple suisse prend son destin en main. Certaines responsabilités ne se délèguent pas, tout particulièrement lorsqu’elles ont trait au bien-être des membres de la communauté. En résonnance avec l’esprit praticien et terre-à-terre qui caractérisent les confédérés, le service citoyen promeut la citoyenneté active en se fondant sur le rapport équitable entre droits et devoirs. C’est par la participation active à l’effort national que chaque jeune citoyen se sent progressivement impliqué dans l’espace démocratique. Partant de l’expectative que chacun peut contribuer à la prospérité de notre pays et de ses régions, il est souhaitable que les jeunes citoyens découvrent par eux-mêmes le sens de leurs actions en se confrontant aux réalités de notre époque. Ainsi se forgent le sens des responsabilités et de la solidarité.

 

Donner vie à nos valeurs

Au moment de son engagement pour la collectivité, le jeune citoyen ou la jeune citoyenne entre dans un univers a priori étranger – une tâche peu familière, une autre région linguistique, des échanges nécessaires avec des concitoyens d’autres conditions ou convictions. Nous croyons que le sens démocratique et la responsabilité individuelle se nourrissent de ce contact immédiat avec l’action collective et la tâche publique. Aussi, le service citoyen veut donner une dimension pratique à l’instruction civique théorique en inscrivant utilement l’individu dans le corps social confédéral. En effet, il est important que nos valeurs, tels que l’esprit de solidarité ou le rigueur dans le travail, demeurent objet de tradition pour les générations nouvelles. Somme toute, le service à la patrie s’apparente au rituel de passage à l’âge adulte, présent dans toute société traditionnelle depuis des millénaires.

 

Une portée internationale

L’adoption d’un service citoyen a des vertus qui rayonnent au-delà de nos frontières. L’institution du service citoyen témoigne de la foi en nos valeurs et de notre indépendance d’esprit. Alors que la plupart des pays de la vieille Europe traverse une crise identitaire, la Suisse démontrerait qu’elle sait d’où elle vient et où elle va. De surcroît, l’option déjà existente du service à l’étranger devrait se trouver renforcée et l’image de notre pays ainsi que nos relations avec de nombreux pays émergents s’en trouverait améliorées.

 

Citoyenneté sans seconde zone

Historiquement, la Suisse est un pays qui a pris son temps pour assurer l’égalité civique entre hommes et femmes. Pourtant, comme l’illustre récemment un Conseil Fédéral à majorité féminine, la discrimination entre Suisses et Suissesses dans l’exercice des droits et des devoirs ne fait plus de sens à notre époque. Avec le service citoyen, le libre choix entre les services proscrit l’argument d’une discrimination fondée sur les capacités physiques ou la vulnérabilité présumée du genre féminin. Il s’agit d’intégrer pleinement les femmes dans la citoyenneté active et de leur offrir des opportunités identiques. De ce fait, le service citoyen concrétise matériellement l’égalité des chances et des devoirs entre les citoyens suisses.

 

Considérations économiques

 

Économie privée

À l’instar du service civil, les services non-militaires ne peuvent pas se déployer dans des secteurs lucratifs. Il s’agit de prévenir toute distorsion de concurrence et protéger les emplois en Suisse. Ainsi, les appelés ne remplaceraient pas les travailleurs des secteurs d’activité concernés mais leur fourniraient un travail d’appoint nécessaire et bienvenu.

 

Finance publique

Mobiliser l’intégralité de la jeunesse nationale peut sembler coûteux. Toutefois, le service à la patrie n’implique pas nécessairement qu’elle doive en assumer l’intégralité des coûts. Si le service militaire est entièrement à la charge de la collectivité publique, le service civil et les services équivalents ne le sont pas. Les établissements d’affectation et les institutions reconnues doivent couvrir la majorité des frais, à l’instar de ce qui se fait déjà dans le service civil ou les établissements qui bénéficient du volontariat ou du bénévolat.

Par le biais du service citoyen, la Confédération et, de façon indirecte, les Cantons pourraient convertir une partie de leur subventionnement financier en mise à disposition de personnel. Pour le reste, indépendamment des prestations mesurables, le service citoyen concourt à la création d’une richesse non-chiffrable mais bien réelle : il offre des opportunités de développement à la jeunesse, entretient la paix sociale et améliore la qualité de vie de chacun.

 

Défis et missions

 

Se donner les moyens de réussir

Pour répondre aux besoins émergents et pour permettre à chaque citoyen de s’engager utilement, les domaines couverts par l’obligation de servir doivent être étendus en accord avec les buts régaliens et sociaux que fixent la Constitution de notre pays. De nombreuses tâches, nouvelles ou revalorisées, entreraient dans le cadre d’un service citoyen.

Pour l’heure, les secteurs d’activité à inclure manquent de forces vives nécessaires et/ou abordables. Citons par exemple : l’aide et les soins à domicile, l’encadrement de la petite enfance ou le soutien scolaire, l’intégration des étrangers, l’entretien du patrimoine naturel, l’entretien du patrimoine culturel, le soutien à la paysannerie, les tâches auxiliaires de sécurité, l’assistance juridique ou administrative, les services du feu, l’aide en cas de catastrophe, la coopération au développement et l’aide humanitaire, l’appui logistique aux évènements publics, etc.

 

Allongement de la durée de vie

Notre pays est confronté à un problème commun à toutes les nations hautement développées : la population vieillit et ce processus est souvent difficile. La perte de ses proches et la diminution des facultés conduisent parfois à un isolement malheureux et augmentent les coûts de la santé.

Une jeune femme ou un jeune homme pourrait se voir responsable de trois couples de personnes âgées, sans famille pour les aider. En faisant leurs courses, en leurs faisant à manger, en s’assurant qu’ils ne manquent de rien et qu’ils vont bien, le jeune appelé se confronte à la réalité du troisième âge et garantit aux personnes dont ils s’occupent une certaine autonomie à ce qu’ils vivent chez eux plus heureux et en meilleur forme. De plus, il s’agit non seulement de tromper la solitude et l’isolement social mais également de renforcer les liens intergénérationnels et de sensibiliser la jeunesse à la réalité de la vieillesse. Les bénéfices ne sont pas qu’individuels ; il profite à toute la société.

 

Aide à la personne

Le raisonnement ci-dessus s’étend en termes analogues à toutes les personnes vulnérables (addiction, dépression, etc.) ou en situation de dépendance (handicap, incapacité, tutelle, etc.).

 

Soutien aux familles

Le service citoyen pourrait soulager un autre dilemme moderne : l’équilibre entre carrière professionnelle et vie de famille. En effet, de nombreuses hommes ou femmes quittent aujourd’hui encore leur emploi pour s’occuper de leur enfant, au risque de se retrouver dans une situation précaire en cas de coup dur (décès du conjoint, divorce, etc.). La reconnaissance de maman ou de papa de jour ou de l’accompagnement scolaire ou préscolaire comme forme de service civil ou équivalent, permettrait de soulager les familles. De surcroît, mettre les enfants au contact de jeunes concitoyens d’autre région linguistique, est une opportunité formidable pour renforcer le fédéralisme et le multilinguisme.

 

Conclusion

 

Dans l’intérêt et au profit de tous

Le service citoyen nourrit un objectif gagnant-gagnant ; il s’agit de satisfaire à la fois les besoins de la collectivité et ceux de l’individu. Pour mieux servir la collectivité, les savoir-faire individuels doivent être valorisés et mis à profit. Le service à la patrie ne constitue pas un obstacle supplémentaire pour l’accès à la vie active. Au contraire, par les valeurs de responsabilité et de solidarité qu’il emporte, le service citoyen offre un tremplin pour la vie personnelle et professionnelle. Pour le citoyen, la pratique d’un service d’intérêt public est à reconnaitre dans sa formation au même titre qu’un véritable stage pratique.

 

La libre communauté de destin

Le service citoyen a pour vertu de nous rappeler que nous évoluons dans un même espace culturel, juridique et économique. Malgré la globalisation et l’émergence de régulations supranationales, nul pouvoir démocratique et populaire ne dépasse pour l’heure l’échelle de la Nation, des Cantons ou des communes : le revendiqué « citoyen du monde » n’a ni le droit de vote, ni le droit d’être élu. La nationalité nous donne, à l’échelle qui est la nôtre, le pouvoir de décider de la loi, de la nature de nos échanges, ainsi que de nos valeurs et de nos normes morales. C’est dans le cadre de cet Etat de droit et de ce foyer commun que nous exerçons nos droits, jouissons de nos avantages et, conséquemment, accomplissons nos devoirs.

 

Nul homme n’est une île

Il est parfois difficile de prendre conscience de la maille humaine dont dépend notre confort. Pourtant, rien de ce qui existe autour de nous ne peut être le fruit d’un seul homme. De la réalisation des objets les plus anodins à la concrétisation des plus révolutionnaires inventions, toute œuvre humaine est le fruit de l’échange de savoir et de la collaboration.

 

Time for action

Le temps est à l’action et non au contentement. Affirmer que la société helvétique a su mieux résister au changement de siècle que d’autres nations avoisinantes ou lointaines, est un appel à la stagnation. Il est temps de poursuivre la singularité de notre modèle en régénérant la valeur de la citoyenneté suisse et le système de la milice.

 

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